L’évolution inattendue de la façon dont les épargnants gèrent leurs finances personnelles depuis 2008

L’évolution inattendue de la façon dont les épargnants gèrent leurs finances personnelles depuis 2008

L’évolution inattendue de la façon dont les épargnants gèrent leurs finances personnelles depuis 2008

Les plus grandes révolutions se font souvent sans effusion de sang et parfois même dans le silence le plus absolu. Elles sont imperceptibles sur le moment et un certain recul historique est nécessaire pour en comprendre la portée. C’est le cas de la révolution des investisseurs, c’est-à-dire, l’évolution progressive et structurelle de la façon dont les particuliers gèrent leurs finances personnelles.

Au cours des deux dernières décennies, des bouleversements majeurs ont eu lieu sur les marchés financiers. Les investisseurs ont traversé l’une des crises financières les plus grave de l’histoire de la finance de marché qui a provoqué l’intervention massive, dans des proportions jamais vu jusqu’alors, des Banques Centrales. Les investisseurs ont d’abord vu s’évaporer des milliards de dollars de capitalisation boursière ont ensuite connu des périodes de volatilité extrême causées par les répliques de cette crise et enfin ont enfin constaté l’intervention des pouvoirs publics afin d’en contenir la diffusion. Ces événements ont eu pour conséquence d’annihiler presque totalement les rendements dits sûrs.

Dès lors, les épargnants peuvent-ils continuer à gérer leur épargne personnelle comme précédemment ?

Le profil investisseur des épargnants, c’est-à-dire l’organisation de leurs finances personnelles, s’était universalisé depuis plusieurs décennies. Il consistait à investir l’épargne disponible après acquisition d’une résidence principale sur les marchés financiers. Les capitaux y étaient bien entendu gérés de manière plus ou moins risquée, c’est-à-dire avec une part d’action plus ou moins importante dans le portefeuille financier, en fonction de l’aversion au risque de tout un chacun. Pour les investisseurs à la recherche de placements sûrs, il existait les obligations souveraines, produits de dette à long terme, émises par des Etats pour financer leurs déficits publics. Dans les pays émergents, c’était principalement l’immobilier résidentiel qui remplissait ce rôle sécuritaire.

La particularité de la crise financière de 2008 a résidé dans le fait que tous les actifs financiers et immobiliers, des fonds monétaires les moins risqués, aux actions les plus risqués ont été touchés par le tsunami boursier. La bulle internet de mars 2000 avait elle aussi fait connaître des sueurs froides aux investisseurs. Mais à l’époque, ceux dont le portefeuille était constitué d’actifs monétaires, obligataires ou immobilier se trouvaient à l’abri des soubresauts boursiers.

La responsabilité de la crise financière est sans l’ombre d’un doute celle de l’interventionnisme étatique. Après l’explosion de la bulle internet, les pouvoirs publics sont massivement intervenus dans la sphère économique en abaissant le taux directeur des Banques Centrales dans le but d’enrayer la chute des marchés financiers. Or, c’est justement cette manipulation du taux directeur de la réserve fédérale américaine qui a été à l’origine de la hausse exceptionnelle des marchés immobiliers entre 2001 et 2008. En effet, lorsque les Banques Centrales abaissent leur taux directeur, sur lesquels sont établis les taux d’emprunt des prêts immobiliers, les épargnants sont fortement incités à profiter des taux bas. La vague de nouveaux acheteurs engendre une pression à la hausse sur l’achat de biens immobiliers. Cette pression provoque une hausse des prix qui conduit de nouveaux acheteurs potentiels à s’endetter afin de profiter d’une opportunité d’emprunt trop belle pour être ignorée. Ce qu’il convient d’appeler une réaction pavlovienne a été d’autant plus manifeste que les épargnants, après les déboires provoqués par l’explosion de la bulle internet étaient fortement motivés à rester à l’écart des marchés actions, jugés trop volatiles et à investir sur le marché immobilier dont les prix semblaient pouvoir monter éternellement. La hausse des prix dure généralement jusqu’au jour où la bulle éclate. C’est ce qui s’est produit entre 2000 et 2008. Lorsque la bulle immobilière a explosé, la valorisation des actifs immobiliers a baissé presque simultanément aux quatre coins du monde avec des baisses comprises entre 10% et presque 40%. 

La conclusion qui s’est imposée avec force à l’ensemble des épargnants est que la diversification traditionnelle des actifs ne protège plus. 

Cette chute brutale de la valorisation du marché immobilier a emporté dans son sillage toute une myriade de produits financiers complexes dont l’évolution était basée sur l’immobilier américain. Dans la mesure où l’exposition des banques sur ces produits financiers étaient inconnue, parfois des dirigeants des banques eux-mêmes, une suspicion généralisée envers les institutions de crédit s’est installée. Or, le crédit est le réacteur nucléaire de l’activité économique. L’effondrement de l’activité économique s’est très rapidement fait sentir en Europe. Elle a fait ressortir au grand jour les fondations fragiles sur lesquelles était construite l’union monétaire. Du fait de la baisse des rentrées fiscales, les déficits publics de certains pays se sont fortement creusés. Des pays comme le Portugal, l’Italie, l’Irlande, la Grèce ou encore l’Espagne, formant l’acronyme péjoratif PIGS en anglais, se sont retrouvé dans une situation où il devenait difficile de faire face à leurs engagements financiers.

Devant le désastre économique qui se profilait sous leurs yeux, les dirigeants des pouvoirs monétaires des principales économies ont pris la décision d’intervenir massivement sur les marchés obligataires. L’histoire financière retiendra la phrase de Mario Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne, prêt à faire tout ce qu’il faut « Whatever it takes »[1] pour assurer le bon remboursement de la dette souveraine et rassurer les investisseurs.

 

Il convient de préciser au néophyte en économie que cette formule n’a pas seulement un caractère incantatoire. Elle signifiait que la Banque Centrale Européenne était prête à imprimer des nouveaux billets de banque et à acheter de la dette de pays en difficulté pour éviter que leurs taux ne s’envolent les rapprochant ainsi d’un défaut de paiement et d’une probable implosion de la zone euro. Toute personne qui a des connaissances de bases en économie sait pourtant que l’argent n’apparaît pas ex-nihilo, il faut pour cela créer de la valeur. En actionnant la planche à billets, les Banques Centrales des principales économies ont pris le risque de créer un long cycle d’hyperinflation.

Pour les investisseurs, cette intervention des autorités monétaires ne s’est pas faite sans dommages.

En achetant massivement des dettes souveraines, principalement en zone dollar et zone euro, les autorités monétaires ont fait fondre le rendement de ces actifs comme neige au soleil. C’est la raison pour laquelle la dette souveraine des Etats-Unis ou de pays comme la France ou l’Allemagne se trouve être inférieure à 1%. Or, personne ne peut affirmer ces pays ne sont pas mieux gérés qu’auparavant, ce qui pourrait justifier que les investisseurs soient prêts à obtenir un rendement moindre. La vérité est qu’ils bénéficient tout simplement d’une subvention publique qu’ils se sont grassement accordés. Cette subvention, c’est la création monétaire évoquée plus haut. Et, il faudra bien un jour la rembourser d’une manière ou d’une autre, par des prélèvements obligatoires ou par l’inflation.

La théorie économique sur laquelle repose la décision d’intervenir sur les marchés financiers est bien entendu la théorie keynésienne. A ce titre, il n’est pas inutile de rappeler ce que Keynes lui-même (bien que cela soit allègrement oublié par ses partisans) dit au sujet de l’inflation :

« Par un processus continu d’inflation, les gouvernements peuvent confisquer, secrètement et de manière inobservée, une partie importante de la richesse des citoyens ».[2]

Depuis 2008, les investisseurs désireux de placer leur épargne ont fait plusieurs constats. Ils se sont rendus compte que l’allocation traditionnelle d’actifs composée d’actions, d’obligations, de titres monétaires et d’immobilier n’était plus une source fiable de diversification. Le retour de la volatilité sur les marchés financiers les a incités à une grande prudence, voire méfiance vis-à-vis de la bourse. L’alternative aux actions que constituait historiquement les obligations devenait bien moins intéressante eu égard à la faiblesse des rendements des obligations d’Etat.

Ils ont compris que les autorités monétaires avaient appliqué exactement les mêmes recettes pour sortir de la crise de 2008 que celles utilisées pour sortir du marasme boursier post 2000 qui ont justement conduit à la dépression économique post 2008. Ils s’inquiètent aussi de cette création monétaire qu’il conviendra bien un jour de rembourser d’une manière ou d’une autre.

Perspectives peu réjouissante s’il est en.

La première tendance qui s’est est dessinée après la crise des subprimes a été le regain d’intérêt pour un actif oublié depuis plus de deux décennies : l’or. Sa valeur a été multipliée par deux entre 2008 et 2012. L’or n’est pas un actif dit traditionnel et on le classe dans les actifs dits alternatifs. Sa quantité étant limitée, il constitue l’un des meilleurs refuges à l’une des craintes évoquées plus haut, celle de l’impression massive de billets de banque.

Mais ce n’est pas le seul actif qui a connu les faveurs des investisseurs depuis 2008. Des études de grandes banques, de sociétés de gestion ou de cabinets d’audits, comme Bank New York Mellon, Blackstone ou PriceWaterHouse Coopers sont venus étayer l’intérêt grandissant des investisseurs et ont alimenté la croissance progressive de la part des actifs alternatifs dans leurs portefeuilles au détriment des actifs traditionnels. En 2009, l’institut Preqin annonçait que la part des investissements alternatifs qui ne représentaient jusqu’alors que 5% du portefeuille des investisseurs avisés devait doubler en un an. En 2015, la prestigieuse banque New York Mellon indiquait que l’industrie des actifs alternatifs devrait passer à 7 000 milliards de dollars dans les trois ans. En 2017, Price Waterhouse Coopers estimait que cette industrie devrait représenter 20 000 milliards dans les 5 ans. Le phénomène est durable et l’intérêt des investisseurs est lui, certain.

[1] Quoi qu’il en coûte

[2] Keynes, J.M. “The Economic Consequences of Peace” (1919). Serenety Publishers.

Leave a Reply

Message
Name
E-mail
Website