La Diplomatie Financière : une arme aux mains des pays riches…

La Diplomatie Financière : une arme aux mains des pays riches…

La Diplomatie Financière : une arme aux mains des pays riches…

En septembre 1985, le Mexique subit un séisme d’une magnitude de 8 sur l’échelle de Richter. Les pertes humaines sont considérables : elles avoisinent les 20 000 morts. Les infrastructures sont dévastées, on dénombre plus de 50 000 bâtiments détruits. Devant l’étendue de la catastrophe, certains pays proposent une aide financière exceptionnelle pour subvenir aux besoins de la population mexicaine. De manière surprenante, on trouve parmi eux l’Ethiopie. Si l’aide de ce pays d’Afrique de l’Est peut paraître étonnante, c’est que son économie figure alors parmi les moins avancées de la planète et qu’une partie de sa population souffre de la famine. Les Ethiopiens ont su se souvenir du soutien apporté par le Mexique contre lors l’invasion italienne de leur pays en 1936. Dans le domaine des relations internationales, les aides unilatérales et inconditionnelles proposées quand surviennent des catastrophes humanitaires sont l’exception plutôt que la règle. Celle-ci consiste habituellement à obtenir durant les négociations sur les sujets internationaux des contreparties à toute assistance financière. Cette règle est la pierre angulaire de la diplomatie financière.

 

La diplomatie se définit comme l’ensemble des moyens de politique extérieure mis en œuvre par les pays pour atteindre leurs objectifs. La connotation traditionnelle du terme « diplomatie » renvoie aux efforts secrets d’un Alexis de Talleyrand manœuvrant habilement lors du Congrès de Vienne en 1815 ou à ceux d’un Henry Kissinger en mission au Pakistan en 1971. La politique diplomatique recouvre plusieurs dimensions : scientifique, économique, culturelle, sportive, maritime ou financière.  La diplomatie financière a trait aux aspects financiers de la politique extérieure d’un pays. On peut ainsi définir la diplomatie financière comme une action, ou un ensemble d’actions, aux modalités financières entreprise par un Etat en vue de contraindre un autre Etat à des concessions et/ou d’obtenir de lui des contreparties ou des accords dans le cadre des relations internationales.

 

L’essor spectaculaire de l’influence de la finance internationale sur la marche du monde résulte de la politique économique d’inspiration libérale menée au début des années 1980 à la fois au Royaume-Uni par Margaret Thatcher et aux Etats-Unis par Ronald Reagan. Cette politique de libéralisation des services financiers se manifeste par le décloisonnement des services entre les banques de dépôts et les banques d’investissement, par la désintermédiation entre les agents économiques à capacité et à besoin de financement et par la déréglementation de la circulation des capitaux.

 

Au début des années 2000, l’effet conjugué de la croissance économique des pays émergents et de la révolution des technologies de l’information a accentué cet élan initial en complexifiant le degré des techniques financières, en internationalisant les flux financiers, en synchronisant à l’échelle mondiale les informations déterminantes pour l’établissement du prix de tous les actifs financiers, de toutes les devises et de toutes les matières premières. Une transaction financière peut être dorénavant passée instantanément depuis un bureau situé à New York sur des actions cotées à la bourse des valeurs de Bangkok. Cette omniprésence de la finance dans l’économie a engendré une multiplication des fonds d’investissement (fonds de retraite, fonds de capital-investissement ou encore fonds de couverture, « Hedge Funds ») spéculant quotidiennement au gré des nouvelles macro-économiques. Ce qu’il convient d’appeler la financiarisation de l’économie suscite à la fois angoisse et fascination, incite certains commentateurs à estimer que la finance dirige le monde[1]. Si cette assertion est exagérée, il est certain que l’accélération technologique a eu une conséquence fondamentale sur les cycles économiques : de crises séquentielles, comme celles qui ont frappé le monde en 1994, l’Asie du Sud-Est en 1997, lа Russie en 1998,  nous sommes passés à des crises systémiques et simultanées (2008) alimentant la déstabilisation financière. En d’autres termes, nous sommes passés à entrés dans l’ère de la finance holistique.

 

Il convient de rappeler l’importance stratégique historique de la finance dans les relations internationales. La transportabilité des capitaux financiers a permis leur utilisation décisive lors de conflits armés et conquêtes de territoires pour payer les armées, les mercenaires ou encore les espions. A la Renaissance, l’émergence de la finance moderne, avec l’apparition des premières banques, donne lieu à de nombreuses manipulations diplomatiques d’ordre financier, derrière lesquelles on retrouve des souverains, des Etats ou encore des gouvernements ecclésiastiques. La mutation de la diplomatie financière s’achève avec la naissance du marché de la dette en Angleterre permettant un accès à des ressources financières plus importantes, susceptibles de lever des armées toujours plus nombreuses. L’acquisition de cette dette souveraine par des puissances étrangères, heureuses de pouvoir rémunérer leurs réserves de change, soulève de nouvelles questions sur les moyens d’influence dont disposent les pays avec une forte capacité d’épargne.  La crise de Suez qui éclate en 1956 entre plusieurs puissances mondiales illustre parfaitement les conséquences qu’a la détention par un Etat de la dette d’une autre sur leurs relations diplomatiques. Lorsque le Président égyptien décide de nationaliser le canal de Suez, point stratégique du passage des ressources naturelles du Moyen-Orient vers le bassin méditerranéen, une coalition formée de la France, du Royaume-Uni et d’Israël se met en place. Seule l’intervention des Etats-Unis menaçant de vendre massivement les obligations d’Etat britanniques qu’ils détiennent, permet de faire reculer le Royaume-Uni, entraînant ainsi le retrait général des troupes déployées dans la région.

[1] Voir, par exemple, l’ouvrage de Marc ROCHE, journaliste économique au Monde – ROCHE M., La Banque : comment Goldman Sachs dirige le monde, Paris : Albin Michel, 2010, 320 p.

 

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