L’économie française vue par Machiavel

L’économie française vue par Machiavel

L’économie française vue par Machiavel

Les errances de la politique économique menée par un gouvernement peuvent parfois désespérer le citoyen-investisseur. Une politique monétaire expansionniste a pour résultat, on le sait, une augmentation de la masse monétaire, c’est-à-dire, comme l’a démontré Friedman dans sa théorie quantitative de la monnaie, une augmentation des prix lorsque les capacités productives ne suivent pas. Il s’agit, en d’autres termes, de l’inflation crainte à juste titre par les citoyens-investisseurs, puisqu’elle érode le rendement des placements à taux fixes et des dépôts à terme. Une politique budgétaire hasardeuse peut avoir pour effet d’annihiler complètement la croissance économique d’un pays avec son corollaire d’effets désastreux sur l’emploi et le progrès.

Tout comme le Prince, en son temps, devait savoir faire preuve de réalisme politique, l’investisseur-citoyen doit savoir faire preuve de réalisme économique.

1 – L’objectif de ce type de gouvernement : La conservation du pouvoir
Sous les motifs les plus nobles se cachent souvent les intentions les plus viles. L’objectif prioritaire de ce type de gouvernement est de conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Peu importent la santé économique du pays et les conséquences futures de leurs actions. Dans un système politique démocratique, la conservation du pouvoir passe régulièrement par les urnes. Il convient donc de mener une politique de répartition sociale des richesses clientéliste, c’est-à-dire, de favoriser les groupes économiques et les intérêts particuliers qui permettront d’obtenir ou de conserver le pouvoir. Pour cela, le législateur dispose d’un puissant arsenal juridique visant soit à préserver un secteur économique particulier, ou, pire encore, lui allouer des subventions imméritées.
Dans un système politique démocratique, il n’est bien entendu pas possible à ce gouvernement de dévoiler ses réelles intentions. Il convient de les dissimuler avec le stoïcisme d’un joueur de poker professionnel venant d’obtenir un carré d’as. Pour cela, la tactique moderne utilisée est l’appropriation du champ lexical du bien, ce qu’Antonio Gramsci appelle l’hégémonie culturelle.

2 – L’arme de ce gouvernement : L’hégémonie des champs lexicaux
Ces gouvernements ont bien intégré la maxime de Confucius :

Ceux qui perdent le sens des mots perdent leur liberté.

Il convient donc de déformer le sens des mots, de masquer ses intentions réelles sous un vocabulaire soigné relevant du champ lexical du bien, ou de connoter négativement les actions politiques dont l’objectif serait de rendre un peu plus de pouvoir au citoyen-investisseur (augmenter son pouvoir passe inévitablement par réduire celui des autres). Les gouvernements savent qu’en en appelant aux sentiments humains les plus purs, on obtient une résonance médiatique plus importante.

Les gouvernements auront certainement intérêt à favoriser l’exposition médiatique de ceux qui défendent leurs choix économiques, ils les proclameront économistes stars ou pire, “économistes que le monde entier nous envient” afin de provoquer avec malice un sentiment de fierté nationale et d’admiration, rendant ainsi incontestables les paroles de ces commentateurs de l’économie.

Il convient de connoter les phénomènes économiques en leur donnant une signification nouvelle et nécessairement manichéenne. Une politique de concurrence est impitoyablement mauvaise et une politique de coopération est volontairement bonne et de surcroît gentille. La coopération, c’est l’harmonie, les fleurs et le paradis. La concurrence, c’est la loi de la jungle, la violence, la guerre, Tchernobyl et Fukushima. L’hégémonie culturelle permet les raccourcis les plus idiots et les plus odieux. Toute contestation des choix économiques, a fortiori ceux souhaitant rendre plus de liberté économique (et donc plus de choix) aux citoyens, serait immédiatement frappée du sceau de l’ultra-libéralisme voire du libéralo-fascisme dont on peut voir dans la simple évocation une référence pittoresque au triptyque “l’Enfer” de Jérôme Bosch. Peu importe, d’ailleurs, que l’inventeur du fascisme en ait lui-même donné cette définition : “Tout pour l’Etat, rien contre l’Etat, rien en dehors de l’Etat”.

La préservation de l’emploi, la sauvegarde de nos industries, la défense des secteurs les plus fragiles deviennent l’horizon indépassable d’une politique économique du bien et du juste. Les mots utilisés relèvent du champ lexical de la paix : protection, préservation, sauvegarde. Frédéric Bastiat objecterait qu’en préservant un secteur avec de l’argent public (ce qui se voit), on en pénalise involontairement un autre (ce qui ne se voit pas) mais les gouvernements ont compris que ce qui ne se voit pas a non seulement l’avantage de ne pas se voir mais aussi de ne pas se savoir (“Subventionner des secteurs non rentables puisque les consommateurs n’en veulent pas avec l’argent prélevé de votre travail” a une résonance électorale relativement faible, j’en conviens).

L’investisseur-citoyen (qui est tout autant consommateur) a compris que derrière l’oxymoron de “destruction créatrice” utilisée par Schumpeter se cachent les plus belles avancées économiques et, in fine, une amélioration des conditions de vie. Il sait que la concurrence est mère du progrès. Et fort heureusement, les cabines téléphoniques, le minitel, les diligences n’ont pas été subventionnés, ou pour certains, pas longtemps.

3 – Les armes de l’investisseur-citoyen : Prendre le gouvernement à son propre jeu
L’investisseur-citoyen peut profiter des maladresses économiques de ce gouvernement. Pour ce faire, il a besoin :

  • d’un institut de sondage.
  • de la carte des corporations, des branches d’activités puissantes, des secteurs à protéger.
  • d’établir leur poids électoral respectif.
  • de mesurer leur capacité de nuisance.

A la différence d’une entreprise traditionnelle où l’investisseur doit mesurer sa capacité à servir ses consommateurs et donc à faire des bénéfices, nous sommes ici en présence de secteurs économiques potentiellement non rentables. Il est à noter que toute évolution économique visant à améliorer la vie des citoyens rendant de facto ces entreprises hors-jeu sera promptement limitée grâce à un dispositif réglementaire adapté.Si le secteur ou l’entreprise en question ont des résultats négatifs, des subventions directes ou déguisées viendront les protéger, ou, mieux, l’État prendra une participation les rendant intouchables et leurs ressources infinies (les impôts des citoyens) Le secteur peut éventuellement être déclaré secteur d’intérêt stratégique pour le futur par un expert spécialiste du futur.
L’astuce de l’investisseur-citoyen consiste dès lors, à rechercher les fournisseurs de ces sociétés. Ces fournisseurs sont soumis à la concurrence mais leurs clients étant économiquement protégés, ils le sont de facto. Il peut ainsi diversifier ses actifs sur ces secteurs protégés par la puissance publique.Ces sociétés-fournisseurs de secteurs rentables protégés représentent d’excellentes opportunités d’investissements.

Gérald Autier
*Cet article se veut pédagogique et toute ressemblance avec un gouvernement existant ou ayant existé ne serait que purement fortuite.
**Attention, toute utilisation de cette stratégie machiavélique peut avoir des conséquences sur la santé de l’économie de votre pays. Frédéric Hayek appelle cela le mal-investissement. La conséquence du mal-investissement sur le long terme est une crise économique ou monétaire.

Leave a Reply

Message
Name
E-mail
Website